Fédération PCF du Bas-Rhin (67)

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Intervention de Hülliya TURAN à la fête de l'Humanité à Strasbourg le 29 avril

Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades,

            C’est avec un grand plaisir que je vous souhaite la bienvenue à cette première Fête de L’Humanité dans le Bas-Rhin après tant d’années d’absence. J’espère qu’elle annoncera le début d’une tradition locale. Je ne doute pas de son succès car c'est avant tout un rendez-vous de partage dont l’esprit est de sortir, l’espace d’une journée, des injonctions libérales concernant notre manière de penser, de produire et de consommer. Elle est le fruit du travail de dizaines de camarades et de compagnons de lutte. Au nom de la Fédération du Bas-Rhin du Parti communiste français, je souhaite saluer les bâtisseurs de cette fête. Merci à eux.

            Aujourd’hui nous allons faire la fête, nous amuser, rire. Rire même dans des périodes les plus difficiles est un acte de résistance. Résistance et combat, voilà les deux mots d’ordre qui représentent pour moi l’esprit de cette fête. Nous sommes dans une période inédite de notre histoire. Peut-être même à un tournant ! Nous avons tous en tête le résultat du premier tour de la Présidentielle. En utilisant le bulletin de vote Jean-Luc Mélenchon, 7 millions de femmes et d’hommes ont dit stop au diktat de l’austérité, stop à cette cinquième république à bout de souffle, stop à ce système qui détruit la nature et les humains ! Saluons à sa juste valeur cette progression ! C’est le signe que des millions de femmes et d’hommes veulent se mobiliser pour changer radicalement de société.

            Alors qu’un scénario préétabli nous avait été présenté comme unique possibilité il y a un an, nous avons été à deux doigts de franchir le cap de la qualification pour le second tour. Hélas, nous échouons mais cette force, cette force du peuple en train de se reconstituer, elle est toujours présente. Nous aurons besoin d’elle dans toutes les luttes à venir ! Communistes, nous avons soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon car nous avons considéré qu'en cette période trouble, le rassemblement des forces de combat contre les politiques d’austérité était nécessaire. Nous avons mené la campagne et quelle belle campagne ! Nous avons loyalement apporté notre soutien tout en faisant entendre nos messages sur le rassemblement des forces de progrès social.

            Dans les villes à direction PCF/Front de gauche, le score de Jean-Luc Mélenchon est supérieur à 30%. Il est premier chez les jeunes de 18- 25 ans, ces jeunes qui se prennent de plein fouet la précarité la plus violente. Il est premier dans de nombreuses villes populaires, à Marseille, Nîmes, Trappes, Grigny ou en Seine-Saint-Denis, sans oublier les anciens et futurs bastions rouges de notre département : Schiltigheim et Bischheim. Il est premier dans de nombreuses « terres » socialistes. Il est souvent premier dans les centres villes où existe une conscience écologiste.

            Le vote qui s’est exprimé n’est le monopole ni d’un mouvement, ni d’un parti, c’est le patrimoine de toutes celles et tous ceux qui ont le cœur à gauche. C’est un point d’appui considérable pour poursuivre un travail d’éducation populaire, de politisation et de conscience de classe. L’enjeu pour l’avenir sera de consolider cette dynamique pour permettre à notre peuple de sortir de l’ornière.

            Oui, saluons le score de Jean-Luc Mélenchon mais apprécions au mieux la situation dans laquelle nous nous trouvons au lendemain du premier tour. Le système électoral que nous dénonçons nous pousse à faire des choix qui nous rebutent. Nous, les communistes, faisons le choix de la clarté. Car sur une question aussi importante que celle du second tour, être flou c’est ouvrir l’appétit de la meute des loups. Pierre Laurent, notre secrétaire national, a raison : il faut battre Le Pen, le 7 mai prochain, et la mettre le plus bas possible !

            J’entends parfois, ici et là, des doutes sur cette position. Que Macron et Le Pen, c’est la peste et le choléra. Qu’ils sont un danger équivalent en somme... Que c’est « blanc bonnet et bonnet blanc ». Nous pensons l’inverse : c’est « blanc benêt contre brun bonnet ». Voter contre Le Pen, ce n’est pas adhérer à Macron. C’est faire un pas en arrière pour faire trois pas en avant plus tard. Ne rien faire contre Le Pen, c’est ne faire aucun pas en avant et c’est surtout reculer d'un pas de géant !

            Oui, Macron est le poulain de Hollande. N’ayons aucune illusion sur ce petit télégraphiste du MEDEF et du CAC 40 ! Oui, Macron s’inscrira dans la lignée de Sarkozy et de ses amis libéraux. Oui, avec Macron au pouvoir, le patronat, cette bande d'assistés en costard-cravate, bénéficieront encore et toujours de l’argent public. Un exemple concret : Carrefour a bénéficié de 344 millions d’euros de CICE entre 2013 et 2015. Le groupe a versé, sur 2012-2015, 1 milliard d’euros de dividendes, 480 millions rien qu’en 2015. Pour leur travail, les salariés ont reçu la même année 0,44 centimes d’augmentation par jour. Le PDG du groupe, Georges Plassat, voit sa rémunération doubler et passer à plus de 7 millions d’euros !

            Si certains pensent que nous soutenons Macron, ils se mettent le doigt dans l’œil. Nous n’avons pas grand-chose en commun avec le candidat de l’extrême banque. S’il arrive au pouvoir, il pourra compter sur les communistes ! Oui, nous, les communistes, nous organiserons, impulserons, rassemblerons toutes celles et tous ceux qui voudront lutter pour la protection de nos conquis. Pas touche à la Sécurité sociale ! Pas touche à notre système de retraites, à nos services publics ! Aucune illusion sur les sérénades de ce produit marketing, qui vend la politique comme s’il vendait du dentifrice. Avec lui au pouvoir, c’est encore et toujours une France sous tutelle de l’OTAN, c’est la poursuite de l’impérialisme à visage inhumain. Avec lui au pouvoir, c’est champagne tous les soirs pour le MEDEF et leurs amis !

            Pour autant, même en ayant dit tout le mal que je pense du programme de Macron, et je le dis en mesurant la gravité de mon propos, je ne le mets pas sur un plan d’égalité avec Le Pen. Je le dis en m’appuyant sur les conseils de nos anciens, sur la pensée marxiste, sur les apports de Marx, d’Engels, de Lénine, de Thorez, si utiles en ces temps troublés. Je fais la différence entre un libéral au service de la finance et une candidate nationaliste, xénophobe, aux relents fascisants.

            Je sais qu’ici nous sommes tous et toutes d’accord pour dire que Le Pen n'est pas l’amie des travailleurs. Avec sa démagogie sociale, elle attire les ouvriers, les employés, les fils et les filles du peuple. Mais quand on creuse bien, et quand on confronte ses discours, il n’y a rien sur les salaires, rien sur la nationalisation des banques, rien sur la remise en cause des pouvoirs d’un patronat qui se croit de droit divin. Sous un vernis posé délicatement, se cache un terrible danger.

            Ce danger, il a un nom. Vous le savez, moi, en tant que responsable du PCF dans le Bas-Rhin, je tiens un langage de clarté. J’appelle un chat, un chat. Un patron, un exploiteur, et un fasciste, un fasciste. Oui, le FN, dans son ADN, est un parti fasciste. Oui, au FN, il y a des personnages sulfureux ! A qui Marine Le Pen a-t-elle confié la présidence par intérim de son parti ? A Jean-François Jalkh. Et qui est ce monsieur ? Jean-François Jalkh est un proche collaborateur de Jean-Marie Le Pen, remarqué lorsqu’il a commémoré à ses côtés, en 1991, la mort de Philippe Pétain en l’église intégriste Saint-Nicolas du Chardonnet. Un négationniste d’ailleurs, qui a été rattrapé par son histoire. Un doute sur le caractère fasciste de ce parti ? Un doute toujours sur le caractère fasciste de son programme lorsqu’il propose une France de la discrimination en fermant l’école aux fils d’immigrés ? Un doute à avoir sur eux lorsqu’ils proposent d’interdire tout signe religieux dans l’espace public, c’est à dire de remettre en cause la loi sur la laïcité et le plus élémentaire des droits de l’homme ?

            Certains prétendent que si Marine Le Pen arrivait au pouvoir, elle ne pourrait rien faire. Mais, camarades, n’oublions pas qu’il existe dans la cinquième république l’article 16 ! Celui qui prévoit que le président peut avoir des « pleins pouvoirs » en cas de crise ! Un doute sur leur autoritarisme ? Voyez l’état de leurs municipalités. Voyez leur harcèlement de la presse et la mise au pas du tissu associatif. Même Audrey Pulvar de C News a été suspendue de ses fonctions pour avoir signé une pétition anti Le Pen ! Marine Le Pen ne dit-elle pas elle-même que le retour de l’ordre est la vertu d’une nation belle et forte ! J’entends déjà les bruits de bottes ! Voilà, qui est Le Pen, l’héritière, la rentière, la multimillionnaire !

            Ce constat, tout le monde le partage ici. Mais alors, comment la combattre ? En s’abstenant c'est-à-dire en ne se mobilisant pas, alors qu’en face, l’extrême droite, la France rance et xénophobe déploie son influence ? En s’appuyant sur le mouvement social qui, hélas, n’arrive pas depuis des années à faire reculer les projets libéraux ? Ou en utilisant l’outil le plus simple face à l’urgence : le bulletin de vote, et cela sans aucun fétichisme.

            On espère tous la défaite de Le Pen mais si on refuse de se salir les mains comment l’abattre ? Souhaitons-nous que d’autres, moins politisés que nous, fassent le sale boulot à notre place ? Je suis de celles qui estiment qu’il faut parfois se salir les mains, se boucher le nez. .Je suis même prête à prendre, avec mes camarades communistes, des procurations si ce geste, ô combien difficile et je le comprends, coûte tant à certains !

            Le ralliement de Dupont-Aignan est un signe inquiétant. Le cordon sanitaire est cassé. Les courbes de vote Macron-Le Pen se réduisent. Vont-elles se croiser le 7 mai ? Car il y a danger. Le passé nous le montre. Nos anciens, surtout en Alsace, l’ont payé au prix du sang et des larmes. Mais je le dis tranquillement, une victoire du FN est possible. Regardez la Hongrie et ses camps pour les migrants ! Regardez la Pologne et les menaces qui pèsent sur l’IVG ! Regardez Trump à la tête des États-Unis. Ne sont-ils pas arrivés au pouvoir par la voie électorale ?

            Nombre d’entre vous savent sans doute que ma famille est originaire de Turquie. Il règne un mauvais vent dans ce pays que j’aime pourtant. Un vent de division et de crimes contre l’humanité. Un jour, en parlant de ce conflit, quelqu'un m’avait dit : « une mauvaise démocratie est toujours meilleure qu'une guerre civile ». Et je crains fort qu’il ait raison.

            Parce que le mouvement social et progressiste n’est pas assez fort. Parce qu’avec Macron, il y a au moins, la perspective de nouvelles élections et le respect de l’état de droit. Parce que le danger est réel, je vous appelle à voter contre Le Pen sans faire de chèque en blanc à Macron. L’avenir de la France ne doit pas se jouer pas comme un jeu de dé.

            D’ailleurs, on disait jadis qu’on ne mène pas la même politique en France si le PC est à 5 ou à 20 %. Moi, j’estime que le climat politique ne sera pas le même avec un FN à 30 % ou à 49 % ! On aura besoin de tout le monde dans les luttes à venir ! Car une défaite de Le Pen nous permettra de faire bloc, ensuite pour les élections législatives.

            220 circonscriptions sont gagnables si nous partons rassemblés. Imaginez l’impact que cela pourrait avoir pour la France ! L’espoir d’un changement profond, les prémisses d’une nouvelle manière de produire dans le respect de l’humain, dans le respect de notre planète ! L’exploitation de l’homme par l’homme n’est pas gravée dans le marbre, c’est une construction sociale et nous pouvons en proposer une autre en nous mettant au travail dès aujourd’hui.

            Sans rassemblement, il sera difficile de garder un groupe d’élus aux côtés des travailleurs et des milieux populaires. Sans rassemblement, nous prendrons la responsabilité de livrer tous les pouvoirs à la droite et l’extrême droite. C’est couper l’herbe sous les pieds de cette belle dynamique que la campagne de Jean-Luc Mélenchon a permis. Pour nous, il n’est pas question de laisser l’opposition aux libéraux de tous bords à l’Assemblée Nationale. Est-ce cela que nous voulons ?

            Sans plus attendre, j’appelle toutes les femmes et les hommes qui ont le cœur à gauche à venir rejoindre les rangs d’un rassemblement de toutes les forces de la gauche de combat. C’est la tête haute que nous battrons le fascisme et que nous combattrons Macron. Nous avons une occasion, qui ne se représentera peut-être pas de sitôt, de permettre à notre camp de gagner du terrain dans le rapport de forces et de donner des perspectives pour répondre aux aspirations populaires.

            Les communistes seront présents en proposant des candidatures de rassemblement sur l’ensemble des circonscriptions, dont huit issues de nos propres rangs. Car une bataille électorale est une bataille politique cruciale dans la construction du rapport de forces. Il est possible d’écrire un nouveau récit émancipateur et d'envoyer un signal pour dire que la lutte des classes n’est pas gagnée par le grand patronat et son ordre mondial.

            Mes camarades, nous avons l’honneur et la joie d’avoir à nos côtés encore une heure encore Patrick Apel-Muller. J’invite celles et ceux qui le souhaitent à venir nous rejoindre pour poursuivre un temps d’échange au fond de cette salle. Merci mes amis, merci mes camarades. C’est le poing levé que je vous souhaite une belle fête de l’Humanité !

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