Fédération PCF du Bas-Rhin (67)

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EDDY WINTERHALTER NOUS A QUITTES

Ci-dessous quatre textes : de Hüllya TURAN, au nom de la Fédération du Bas-Rhin du Parti Communiste Français, de la Section Gauthier Heumann, ainsi qu'une interview de sa fille Laurence WINTERHALTER et la biographie du Maîtron.

L’hommage de la Fédération du Bas-Rhin du Parti Communiste Français

Cher.e camarade,

C’est le cœur lourd que nous apprenons de notre camarade Laurence, le décès de son père, notre camarade Edouard WINTERHALTER ce 18 janvier 2019, dans sa 95ème année.

Ses obsèques auront lieu le Jeudi 24 Janvier à 14h30, au centre funéraire de la Robertsau.

Nous voulons saluer sa mémoire et témoigner notre profond respect à ce dirigeant communiste qui a inscrit la justice sociale au cœur de ses combats.

Militant dévoué, Edouard est un exemple qui inspirera longtemps encore celles et ceux qui aujourd'hui incarnent le Parti communiste français du XXIème siècle.

Evacué en 1939, Edouard resta dans le Sud-Ouest et s’engagea dans la résistance et le maquis en 1944, au sein de l’armée secrète de Corrèze.

En 1956, Edouard s’installa à Bischheim pour prendre son poste d’instituteur, dans cette ville qu’il aimait et qu’il ne quittera plus.

C’est en 1962 qu’Eddy rejoindra le Parti communiste français, voulant défendre les libertés démocratiques à une époque où l’OAS voulait faire vaciller la République.

Fort en caractère, doté d’une grande finesse politique, Edouard Winterhalter fut un membre important de la direction départementale de 1965 à 1994. Du Comité fédéral au Bureau fédéral et au Secrétariat fédéral, Eddy était un camarade écouté et respecté, à l’instar des dirigeants qui ont marqué son temps : Gautier Heumann, Marcel Rosenblatt et Alphonse Boosz.

Marthe sa compagne, notre camarade décédée en 2015, a été une partenaire essentielle dans l'ardent combat politique d'Eddy

Figure incontournable du Parti communiste dans le nord de l’agglomération strasbourgeoise, candidat à de nombreuses reprises, Eddy fut la cheville ouvrière de l’élection des communistes à Bischheim en 1977. Devenu adjoint, il œuvra pour changer la vie des habitant.e.s de cette ville populaire, ouvrière et cheminote. C’est notamment grâce à son action que l’ouverture de la Ballastière, telle qu’elle existe aujourd’hui, fut rendue possible.

En 2017, en pleine campagne des Présidentielles, Edouard rédigea une tribune dénonçant la montée de l’extrême-droite, texte partagé plus de 23 000 fois sur les réseaux sociaux, avec plus de 17 000 commentaires, prouvant ainsi qu’il gardait l’œil vif et l’esprit aiguisé face aux enjeux de notre temps.

Fidèle à son parti jusqu’à son dernier souffle, Edouard donna encore des conseils aux élu.e.s communistes de Schiltigheim ces derniers mois et il collabora à la rédaction du « Bretzel », le journal de la section Gautier Heumann.

A notre camarade Laurence, sa fille, de même qu’à sa famille, nous souhaitons témoigner toute notre amitié et notre soutien dans cette difficile épreuve.

Hülliya TURAN

Secrétaire départementale

 

L’hommage de la section Gauthier Heumann

Chers camarades, Chers ami.es,

Au nom de la section, j’ai le regret de vous faire part du décès de notre doyen, Edouard Winterhalter qui nous a quittés dans sa 95e année.
Eddy, comme il était surnommé affectueusement, avait gardé toujours l’oeil vif sur le monde tel qu’il est aujourd’hui.
Camarade d’une grande valeur, Eddy nous apportait de précieux conseils politiques et rédigeait des articles pour notre journal, le Bretzel.
S’il est impossible de résumer en quelques lignes une vie militante aussi riche, nous souhaitons honorer la mémoire de notre camarade fidèle au parti « même quand les blés sont sous la grêle » comme disait Aragon.
Résistant et Maquisard, Eddy entre au Parti en 1962 pendant la guerre d’Algérie sur une base pacifique et anti-fasciste.
Très vite, notre camarade-instituteur occupe des responsabilités importantes au sein de la fédération du Bas-Rhin du PCF.
La finesse de ses analyses firent de lui un camarade respecté de tous.
Candidat à nombreuses reprises, réalisant des scores à deux chiffres, il devient une figure incontournable du Parti notamment dans le nord de l’agglomération strasbourgeoise, cette petite banlieue rouge sur les rives du canal de la marne au Rhin.
En 1977, il devient adjoint au maire à Bischheim, lorsque le Parti dirige la ville, jusqu’en 1983. C’est notamment grâce à son action que s'est réalisé l'aménagement de la Ballastière telle qu’on la connait aujourd’hui.
Dernièrement il s'est encore attelé à rectifier, à simplifier, à rendre compréhensifs quelques-uns des discours des camarades de la section aujourd’hui élus à Schiltigheim... »

Voici un texte de 2013, de sa fille Laurence, adjointe au maire de Schiltigheim, racontant le parcours d'Eddy :

« Ce soir me donne l’occasion de vous parler du parcours de deux camarades du PCF, outre Gauthier Heumann qui a donné son nom à notre section. Il s’agit d’Edouard Winterhalter mon père et son épouse, ma mère.

« C’était l’époque de l’OAS.

Mathilde Hartmann était monitrice au centre aéré à l’école de Bischheim où papa était instituteur. Ils ont fait connaissance et jouaient aux cartes ensembles avec maman et René le mari de Mathilde.

Un soir ils entendent à la radio que l’OAS préparait un coup d’état et envisageait de débarquer à Paris. L’OAS voulait renverser la république Française, il y avait un risque de fascisme en France après la guerre d’Indochine et d’Algérie (attentat sur De Gaulle-voir l’Huma 7 jours de l’époque). Après l’appel de Debré « à pied, à cheval, en voiture, il faut empêcher le coup d’état ». René Hartmann dit « je connais quelqu’un d’engagé à la CGT, « Bischoff ». A trois heures du matin ils se pointent au bureau de la CGT et lancent un appel à tous les partis de Bischheim. Le seul qui répond est le parti communiste.

Ils fondent avec son aide, un « comité antifasciste » dont la présidente est directrice d’école normale de filles protestantes à Neudorf.

Ils se réunissaient à l’aigle « de andler » à Bischheim. Le bistrot était plein à craquer.

Ensuite René et papa ont discuté pour voir à aller plus loin et comme le PCF proposait une école du parti, ils ont adhéré au PCF en 61/62.

Pour mon père ce n’était pas fortuit d’adhérer au PCF, en effet, à l’âge de 12 ans il apportait son repas à son père lors des grèves de 1936, ensuite il aimait l’histoire et avait participé au maquis. Le  parti communiste était le seul à s’activer vraiment à l’époque.

Donc Wencker était adhérent du PCF et était responsable du cimetière à la commune de Bischheim, il a saisi l’occasion de remonter le parti à Bischheim. Toutes les semaines ils se réunissaient au cimetière. A l’époque existait déjà la permanence (tenue par les Ateliers SNCF). On entrait dans le local de plein pied, les réunions se tenaient tous les vendredis soirs avec les gars des ateliers, ces réunions étaient ouvertes à tous les Bischheimois. Maman nous dit qu’on y fumait beaucoup et que quelquefois on n’y voyait plus rien, tant il y avait du brouillard.

Une divergence s’est faite jour à l’époque entre les gars des ateliers SNCF,  mon père et René. En effet les gars des ateliers estimaient qu’un ouvrier qui devenait contremaitre, n’avait plus sa place au parti. On ne pouvait pas avancer dans ce sens d’où des discussions animées sur les statuts du parti, sur le mot « classe ouvrière » etc…

Ils se sont lancés dans la bataille électorale des municipales en 64/65. Il existait un tas de club ouvriers (lutte-mandoline-harmonie de Schiltigheim), ils sont allés voir ces personnes pour constituer une liste.

Ils proposaient des séances de cinéma en plein air dans les quartiers populaires. Au début les gens étaient aux fenêtres et au fur et à mesure ils se sont installés avec eux et ont commencé à discuter.

Papa ramenait le matériel de cinéma de l’école, les films étaient commandés par la coopérative de l’école qui payait. Leur premier film s’intitulait « le train sifflera trois fois », ensuite au fur et à mesure ils ont montré des films politiques « le salaire de la peur », Dimitrov « l’incendie du Reichstag »,  « telmann ». Le patron du « rocher du sapin » leur a proposé d’utiliser le jardin derrière son bistrot pour le film sur Telmann. Ce film était long, c’est donc en 3 ou 4 fois qu’ils le proposèrent. A chaque représentation, il y eut de plus en plus de monde et les discussions allaient bon train.

S’Bechemer Blattel était leur journal, il fallait tout reconstruire, aller voir les gens, se rapprocher de la population, savoir ce que les gens voulaient. Ça s’est terminé avec l’action à la Ballastière à laquelle j’ai pris part avec une pétition et leur élection en 1977.

Papa écrivait les tracts à la maison sur une machine à écrire manuelle. Il ne fallait pas se tromper (stencils) sinon tout était à refaire, l’ordinateur n’était pas encore né et le copier/coller non plus. Le matériel d’imprimerie de l’école trônait dans la salle à manger à la maison, c’est là qu’il tirait les tracts. Ensuite en famille (mes frères, ma sœur, ma mère et moi-même) rapprochions les différentes pages, les agrafions, les plions. Bien sûr nous allions également les distribuer.

La vente des journaux comme le chante Jean Ferrat dans « Ma France » était une activité du dimanche matin. Ils faisaient du porte à porte, n’étaient pas toujours bien accueillis, mais à force se sont fait connaitre. Certaines fois lorsque le locataire était absent, papa lui mettait l »Huma 7 jours » ou l’Huma Dimanche dans la boite aux lettres. Le journal était toujours payé la semaine suivante.

Après la vente, ils allaient boire un coup au « rocher du sapin », à « l’aigle », à « la cave profonde ». Ils laissaient leurs journaux sur le coin de la table et avant d’aller de table en table pour vendre le restant, les gens venaient d’eux même l’acheter. Dans les villages qui concernaient la circonscription « Strasbourg-campagne » le même rituel se produisait.

Ils touchèrent ainsi des quartiers populaires importants.

En 1977 ils furent élus sur une liste d’union de la gauche (programme commun) à égalité, Parti communiste, parti socialiste et un maire (DR Lutz) sans parti. Papa était élu adjoint au maire à l’action sociale.

Bien sûr tout cela a été possible grâce à son épouse d’accord avec ses idées. Elle gérait le quotidien et les enfants et l’accompagnait lors des réunions de la section Strasbourg Campagne ou à la fête de l’Humanité. Elle trouva même le temps de coudre des costumes d’alsaciens et alsaciennes pour la fête. Nous y allions pour monter le stand, le démonter et entre les deux, servir la choucroute ou le schnaps…..

Elle l’accompagna aussi lors des bals car après leur élection  il fallait être présent lors de manifestations organisées par les associations de Bischheim. A la fin elle n’en pouvait plus d’aller danser.

Je voudrais ici les remercier d’avoir fait de moi ce que je suis !"

Biographie du Maîtron

Né le 7 octobre 1924 à Balbronn (Bas-Rhin) ; Instituteur ; communiste ; secrétaire fédéral du Bas-Rhin de 1965 à 1977, membre du bureau fédéral de 1977 à 1990 puis du comité fédéral de 1990 à 1994 ; maire adjoint de Bischheim (Bas-Rhin) de 1977 à 1983.

Le père d’Édouard Winterhalter, né en 1896, était le septième fils de la famille et avait reçu le prénom de Wilhelm, son empereur et parrain. Francophile, il s’engagea dans l’armée française en 1914 sous son second prénom, Alfred. Il exerçait le métier de cordonnier et appartenait à l’aile gauche des socialistes. Il fut l’un des dirigeants syndicaux de l’usine de chaussures Amos de Wasselonne. En 1936 le drapeau rouge flotta sur l’usine occupée. Il fut licencié quelques mois après et se mit alors à son compte. Sa mère née Marie Diss, était femme au foyer, catholique pratiquante. Le couple avait deux enfants.

Édouard Winterhalter fit ses études primaires à Wasselonne (Bas-Rhin) et, poussé par son instituteur, fut inscrit, dès 12 ans, à l’école primaire supérieure de l’Ill (aujourd’hui lycée Pasteur de Strasbourg) où il se rendait tout seul en train. Il obtint en 1938 une bourse pour préparer le concours de l’Ecole normale catholique d’instituteurs d’Obernai, qui fut évacuée à Solignac (Dordogne), en septembre 1939.

Édouard Winterhalter échappa aux chantiers de jeunesse, passa le brevet supérieur et fit un stage d’un an à Marseille et Aix-en-Provence en 1944. Après le bombardement de Marseille, en mai 1944, il fut rapatrié à Solignac, où, le jour même de son retour, il s’engagea dans le maquis avec plusieurs camarades de promotion. Il appartint à l’Armée secrète de Corrèze. Il se trouvait entre Brive et Tulle au moment des massacres d’Oradour-sur-Glane et de Tulle. Il participa à la prise de Brive. Il rejoignit la Première Armée et termina la guerre à la frontière autrichienne. Il rentra chez lui en octobre 1945.

A partir de 1946, il occupa plusieurs postes dans le Bas-Rhin, à Behlenheim, Ettendorf et Wasselonne. Membre du Syndicat national des instituteurs, il milita par la suite dans la tendance “Unité et Action“. En 1954, il demanda sa mutation, obtint Kœnigshoffen, quartier périphérique de Strasbourg. En 1956, il obtint sa mutation à Bischheim à l’école Leclerc, puis à celle de la République, dont il devint directeur. Il fut secrétaire général des associations scolaires de Strasbourg-campagne qui organisaient des colonies de vacances, des voyages etc… de 1959 à 1980, année de sa retraite.

Son engagement militant débuta au moment de la guerre d’Algérie. La nuit de l’appel de Michel Debré, le 15 avril 1962, il créa, avec René Hartmann un comité antifasciste ouvert à toutes les associations (le Mouvement de la Paix y participa, dont Marie Schmitt et Rémy Rontchevski) et aux organisations politiques (seul le PCF y répondit). De nombreux meetings furent organisés après l’attentat contre la petite Delphine Renard. Les salles étaient pleines. Édouard Winterhalter adhéra au Parti communiste français quelques mois plus tard. Il fut délégué au congrès de 1969 avec Alphonse Boosz, membre suppléant du comité central. En 1965, il suivit une école du parti destinée aux instituteurs et entra au secrétariat fédéral à la conférence du 3 octobre, pour s’occuper de la jeunesse. De nombreuses manifestations culturelles, politiques et de loisirs furent organisées pour les jeunes. Il y entraîna ses propres enfants, qui devinrent tous des militants. De 1968 à 1977, il fut secrétaire fédéral à la propagande, responsable aussi de l’Humanité. De 1977 à 1990, il retourna à sa demande au bureau fédéral et de 1990 à 1994 au comité fédéral. Il fut candidat communiste à plusieurs reprises : aux élections législatives de 1967 dans la 3e circonscription de Strasbourg (Bischheim, Schiltigheim etc), puis en 1973 (7 831 voix sur 94 271 inscrits, quatrième position) et 1978 (8 171 voix sur 114 100 inscrits). Aux élections du Conseil général, dans le canton de Schiltigheim, en 1967, il obtint 3 152 voix, puis 5 229 voix (deuxième position), mais en 1973, avec 1 751 voix, il figura en troisième position.

Édouard Winterhalter eut des fonctions municipales à Bischheim, ville de la banlieue autrefois rouge de Strasbourg. En 1971, la gauche manqua de justesse la mairie de Bischheim, mais en 1977 la liste commune d’Union de la gauche l’emporta. Élu adjoint au maire et membre du conseil de la Communauté urbaine de Strasbourg, il se consacra aux actions sociales de la municipalité, centrées sur l’urbanisme et le centre nautique. Dans ce cadre, il travailla, avec René Tabouret, architecte urbaniste, à la conception d’un plan d’urbanisme destiné à éviter que la ville ne devienne une cité dortoir découpée de voies rapides. Il s’agissait, dans « une bataille pour son espace », de préserver des espaces verts, d’assurer la liaison entre quartiers, grâce à la concertation des habitants. Ce projet reçut un prix, remis par le ministre Michel d’Ornano mais ne fut pas appliqué, la municipalité ayant changé de bord.

En 1977, Édouard Winterhalter accueillit Georges Marchais lors de son voyage en Alsace. De 1977 à 1983, il fut membre du Conseil national des élus communistes et républicains en tant que représentant du Bas-Rhin. Il y déplora régulièrement la prépondérance accordée aux Parisiens et le désintérêt profond de cette instance pour les questions locales.

La mairie de Bischheim repassa à droite en 1983. Édouard Winterhalter fut encore conseiller municipal, jusqu’en 1989, date à partir de laquelle il ne désira pas se représenter.

Il fut membre de France-RDA et à ce titre fit de nombreux voyages en RDA.

Il épousa, le 19 juillet 1947, Marthe Halftermeyer, née le 19 mars 1926 à Wasselonne (Bas-Rhin), morte le 1er avril 2015 à Strasbourg. Le couple eut 5 enfants.

Pour citer cet article :

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181793, notice WINTERHALTER Édouard par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 16 juin 2016, dernière modification le 16 juin 2016.

 

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